Le roman d’horreur

Avec Halloween qui approche à grands pas, il est de bon ton pour les fans d’horreur de potasser leurs meilleures histoires terrifiantes. Vampires, zombies, loups-garous et tueurs psychopathes se préparent pour le bal, prêts à semer la terreur. Pourquoi aimons-nous tant nous faire peur? Pour répondre à cette question, je vous propose un plongeon dans le genre de l’horreur, appuyé par l’avis d’un expert.


Les origines

L’intérêt pour les histoires effrayantes date de temps immémoriaux. On peut remonter jusqu’à l’Antiquité et retrouver monstres, goules, vampires et autres revenants peuplant l’imagination de nos ancêtres. Le folklore les utilise comme mise en garde contre les horreurs de notre monde, une tradition qui se perpétuera jusque dans les contes de fée traditionnels : de sorcières cannibales en grands méchants loups, les enfants sont appelés à se méfier des inconnus. Les textes religieux ne sont pas en reste et utilisent les créatures les plus sinistres pour punir les péchés de l’humanité.

Au Moyen-Âge, l’impact de l’Inquisition sera aussi lourd sur la littérature que sur la société. Les œuvres de l’époque sont profondément ancrées dans la religion et abordent ainsi les thèmes du vice, de la vertu et du châtiment divin. Au XIVe siècle, Dante Alighieri publie le premier volume de sa Divine Comédie : L’Enfer. On y voit le narrateur visiter les neuf cercles de ce lieu de perdition, et l’auteur en profite pour nous présenter sa version du diable en personne. Plus de trois cents ans plus tard, Joseph Milton lui fera écho avec son Paradis Perdu (1667), qui raconte la chute de Lucifer après s’être rebellé contre son créateur.

Mais c’est bel et bien le roman gothique qui définira l’horreur telle que nous la connaissons. Né au XVIIIème siècle, ce genre va définir ses archétypes et mettre en place ses codes littéraires : maisons hantées, créatures maléfiques, objets maudits et humains sombrant dans la folie sont au rendez-vous pour faire frissonner le lecteur. De nombreux auteurs se lanceront avidement dans cet exercice. C’est dans ce contexte de fascination pour le macabre que naîtront deux œuvres d’une importance majeure, sur les bords du lac Léman. C’est là que Lord Byron, Percy Shelley, son épouse Mary et le Dr John Polidori choisiront de passer quelques jours et, le mauvais temps aidant, resteront cloîtrés dans leur villa. Pour tuer l’ennui, ils se mettent à lire des histoires tirée du Fantasmagoria de Johann Karl August Musäus, Friedrich Laun et Johann August Apel. Ce recueil d’histoires de fantômes allemand les inspire, et très vite ils se lancent le défi d’écrire leurs propres récits. Le résultat? Rien de moins que Frankenstein ou le Prométhée Moderne de Mary Shelley (1818) et Le Vampire de John Polidori (1819), le roman qui définira à jamais l’image de cette créature de la nuit. À noter qu’on soupçonne Polidori d’avoir plagié Lord Byron, ce qui aurait mis fin à leur amitié.

Malgré toutes ces lettres de noblesse, le genre est souvent boudé et considéré comme un ramassis d’enfantillages. L’engouement pour l’horreur peut être considéré comme malsaine, et il n’est pas rare qu’on y voit l’explication de tel ou tel acte violent dans la vie réelle. Mais y aurait-il une explication plus bénigne à cet intérêt pour le macabre?

La parole au King

Qui de mieux que celui que l’on surnomme “le maître de l’horreur” pour se lancer dans une analyse du genre? Dans son Anatomie de l’Horreur, Stephen King nous livre sa conception du genre et s’interroge sur les raisons de l’intérêt pour ce style étrange. “Nous nous réfugions dans des terreurs pour de faux afin d’éviter que les vraies nous terrassent, nous gèlent sur place et nous empêchent de mener notre vie quotidienne”, écrit-il. “Nous pénétrons dans les ténèbres d’une salle de cinéma en espérant de mauvais rêves, car le monde normal, où nous vivons, semble tellement meilleur quand ils s’achèvent.” On peut ainsi y voir un élément essentiel de l’horreur : la mise en perspective de nos peurs et tracas quotidiens.

Dans cet ouvrage, l’auteur soulève un autre point intéressant : si l’horreur, un genre considéré comme anarchiste, est si efficace, c’est parce qu’elle repose justement sur les conventions. King dénote trois niveaux à l’histoire d’horreur : la terreur, l’horreur et la révulsion. La terreur serait basée sur la déstabilisation et la perte des repères. Plus suggérée que montrée, elle plonge personnages et public dans une situation angoissante où toute notion de normalité vole en éclats. L’auteur serait donc un agent de la normalité, utilisant son œuvre pour mettre en garde contre la destruction du status quo.

L’horreur quant à elle est une chose tangible, qui existe en elle-même. Elle n’est pas basée sur la perception mais sur l’observation. Il peut s’agir d’une créature maléfique, d’un dangereux tueur psychopathe ou d’un objet maudit. Ici, comme avec le folklore ou les textes religieux, c’est la peur de l’étranger, de l’inconnu qui prime. Quant à la révulsion, elle est fondée, comme son nom l’indique, sur le dégoût. “Du sang, des boyaux, de la rate et du cerveaux!” ont scandé plus d’un écolier. C’est étrangement une excellente définition de la révulsion dans les histoires d’horreur.

Pour King, ces trois niveaux sont hiérarchisés par degré de subtilité ou de raffinement. “[…] je m’efforce donc de terrifier le lecteur. Mais si je me rends compte que je n’arrive pas à le terrifier, j’essaie alors de l’horrifier; et si ça ne marche pas non plus, je suis bien décidé à le faire vomir. Je n’ai aucune fierté.”

Une vision des choses soutenue par la psychologie. En effet, si l’horreur fascine, c’est sans doute parce qu’elle fait appel à trois de nos émotions fondamentales : la peur, la surprise et le dégoût (les autres étant la joie, la tristesse et la colère), sollicitées par les trois niveau d’horreurs définis par King. L’horreur permettrait donc à auteurs et lecteurs d’extérioriser leurs plus grandes craintes et d’assumer leur part d’ombre.

La peur comme mécanisme de défense

Selon le site de National Geographic, une étude aurait prouvé qu’une exposition à l’horreur contrôlée permet une meilleure mise en place de mécanismes d’adaptation. En s’exposant à la terreur, l’horreur ou la répulsion de manière contrôlée, le lecteur ou spectateur apprend à mieux réagir face à l’imprévu. Face à une œuvre de fiction effrayante, nous passons par deux phases psychologiques : le « combat-fuite », réaction primitive qui nous pousse à nous défendre contre le danger ou le fuir, puis la réponse « repos et digestion », qui arrive quand nous réalisons que nous ne craignons rien. Notre cerveau reprogramme ainsi ses signaux et apprend à mieux réagir face à une vraie situation angoissante. C’est un principe que la science elle-même exploite à bon escient, l’exposition à l’objet d’une phobie pour guérir cette dernière étant une pratique thérapeutique qui a depuis longtemps fait ses preuves. Notons enfin qu’une étude menée sur plus de trois cents personnes a prouvé que les amateurs d’horreur présentent une meilleure résistance face à l’impact psychologique de la pandémie qui sévit depuis plus d’un an.

Mes recommandations

Shining, de Stephen King
Dracula, de Bram Stoker
La Maison Hantée, de Shirley Jackson
Le Tour d’Écrou, d’Henry James
American Psycho, de Brett Easton Ellis
Coraline, de Neil Gaiman
Dr. Jekyll et Mr. Hyde, de Robert Louis Stevenson
Le Portrait de Dorian Gray, d’Oscar Wilde
Les Contes Macabres, d’Edgar Allan Poe
Rebecca, de Daphné du Maurier


Sources

Livres
KING, Stephen. Anatomie de l’Horreur, traduit de l’Américain par Jean-Daniel Brèque. Paris: Éditions Albin Michel, 2018, 620 pages.

Sites web
Babelio.com (https://www.babelio.com)
Wikipedia
Jeretiens.net
Pyschomedia
National Georaphic

3 commentaires sur “Le roman d’horreur

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